Montaigne

Montaigne est l'homme d'un seul livre mais quel livre ! Il n'est pas un philosophe mineur mais inaugure la philosophie française, celle qui dit je, celle qui part du sujet. On retrouvera cette manière chez Pascal, Descartes, Alain. Les Essais ne sont pas seulement une autobiographie mais le monument philosophique français de la Renaissance.

Sommaire

Les sources de sa pensée.

La vie de Montaigne.

Apport conceptuel.

Principales œuvres.

Les sources de sa pensée.

Montaigne est d'abord un héritier de l'humanisme, ce mouvement d'idées qui culmina en Europe au XVI°s, et qui place au-dessus de toutes les valeurs la personne humaine et la dignité de l'individu. L'humanisme en tant que mouvement visant à renouer avec certaines valeurs de l'Antiquité fait partie intégrante de la Renaissance.
Montaigne est aussi considéré comme un sceptique. Rappelons que le scepticisme est une école de l'antiquité fondée par Pyrrhon d'Elis. Enfin, Montaigne a lu Sénèque et Plutarque, Lucrèce et la plupart des auteurs anciens.

La vie de Montaigne.

Michel Eyquem de Montaigne naît dans le château du même nom en Dordogne, le 28 février 1533. Son père, Pierre Eyquem est prévôt de Bordeaux, ville dont il sera le maire de 1554 à 1556. Sa mère, Antoinette de Louppes est issue d'une riche famille de juifs espagnols convertis au catholicisme.
Le jeune Montaigne est confié à un précepteur allemand qui lui parle exclusivement en latin. Il entre en 1539 au collège de Guyenne, à Bordeaux, puis fait son droit à l'université de Toulouse.
En 1554, il est nommé conseiller à la cour des Aides de Périgueux puis, en 1557, au parlement de Bordeaux. C'est là qu'il rencontre, en 1558, Etienne de la Boétie avec qui il se lie d'une profonde amitié, "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Ce dernier meurt en août 1563.
Le 25 septembre 1565, Montaigne épouse Françoise de la Chassagne (dont il eut cinq filles dont une seule survivra) et, en 1568, à la mort de son père, devient seigneur de Montaigne. Il vend alors sa charge de conseiller au parlement de Bordeaux et se rend à Paris pour publier les écrits de la Boétie. En 1571, il est nommé gentilhomme de la chambre du roi.
En 1572, commence la rédaction des Essais, retiré dans sa "librairie", c'est à dire sa bibliothèque. Le livre veut d'abord être le "tombeau" de l'ami disparu.
En 1574, Montaigne est chargé d'une mission auprès du parlement de Bordeaux et en 1577 devient gentilhomme de la Chambre du roi de Navarre, futur Henri IV. En 1578, il ressent les premières atteintes de la maladie de la pierre (la gravelle), dont il souffrira le reste de sa vie. En 1580, sont publiés les deux premiers livres des Essais. Il tente de se soigner dans différentes villes d'eau de France, d'Allemagne et d'Italie. C'est dans ce dernier pays qu'il apprend, en 1581, qu'il vient d'être élu maire de Bordeaux. Il rentre chez lui et écrit son Journal de voyage. Montaigne exerce sa fonction de maire de 1581 à 1585, année où la peste ravageant la ville le contraint à fuir son château. Entre temps, il sert de médiateur entre Henri de Navarre et le roi.
En 1588, Montaigne se rend à Paris pour faire paraître la seconde édition des Essais y ajoutant un troisième livre. Il rencontre Marie de Gournay qu'il appellera sa "fille d'alliance". Emprisonné à la Bastille par les Ligueurs, il est libéré le soir même sur l'ordre de Catherine de Médicis. Revenu à son château, il mène une vie sédentaire et lit les auteurs anciens.
Il meurt le 13 septembre 1592. En 1595, paraît une édition posthume des Essais, édition due à Mademoiselle de Gournay.

Apport conceptuel.

Y a-t-il une philosophie de Montaigne ? La question n'est pas si simple car Les Essais constituent une œuvre diverse et dispersée. Ce n'est pas seulement une autobiographie. On y trouve de nombreuses considérations sur la politique, l'histoire, la religion.
Montaigne est surtout considéré comme une figure du scepticisme. La raison semble impuissante à connaître et ceci malgré l'orgueil humain. Il témoigne ainsi de la crise de la Renaissance qui remet en cause les connaissances traditionnelles avant la naissance des sciences modernes. Montaigne doute et ne prétend jamais proposer de vérité assurée mais seulement un témoignage subjectif. Sa philosophie est recherche, exercice d'une raison délivrée de ses illusions. Il souligne l'arbitraire et la contingence des lois et des coutumes non pour inciter à la révolte mais pour conclure que chacun doit observer les lois de son pays. De même chacun doit suivre la religion de son pays. Puisque Dieu est incompréhensible, seule la réalité sociale de la religion doit être prise en compte.
Il est cependant le défenseur d'une éducation moderne qui doit développer les facultés de l'enfant sans inculquer des connaissances inutiles. Il est aussi celui qui défend les indigènes et est le premier à dénoncer les carnages commis par les Espagnols dans le Nouveau Monde. Il défend la tolérance religieuse. C'est une raison critique, laïque et donc moderne qui transparaît dans Les Essais. Enfin Montaigne défend l'amitié et annonce la découverte de la subjectivité que théorisera Descartes.

Les principales œuvres.

Outre les Essais, Montaigne a écrit un Journal de voyage qu'il ne comptait d'ailleurs pas publier et qui le fut à titre posthume et, une traduction de la théologie naturelle de Raymond Sebond, traduction effectuée à la demande de son père.


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