Freud

Même s'il s'intéressait à la philosophie, Freud n'est pas à proprement parler un philosophe. Il fonde la psychanalyse, science de l'inconscient. Néanmoins sa pensée révolutionne ce qu'on pensait de l'homme et, à ce titre, intéresse la philosophie.

Sommaire

Les sources de sa pensée.

La vie de Freud

Apport conceptuel.

Principales œuvres.

Les sources de sa pensée.

Freud travaille principalement à partir des acquis de la psychiatrie du XIXème siècle: les travaux de Charcot, Bernheim, Janet.
On peut rapprocher Freud de Nietzsche avec prudence cependant (Freud se réclame, au contraire de Nietzsche, de la science et du travail de la raison).

La vie de Freud

Sigismund Freud (il transformera son prénom en Sigmund à l'âge de 22 ans), naît le 6 mai 1856 à Freiberg, en Moravie, dans une famille juive (Freud revendiquera toute sa vie son appartenance juive en dépit de son athéisme). Il grandit dans un milieu familial remarquable par sa complexité. Jakob Freud, son père, s'était marié deux fois. Il avait deux fils de son premier mariage et se remaria avec une jeune femme, la mère de Freud, qui se trouvait de la même génération que ses beaux-fils dont l'un eut un enfant ayant un an de plus que Freud. Le père de Freud fut dès lors perçu par l'enfant comme un grand-père alors que son demi-frère était perçu comme un père.
En 1859, la famille s'installe à Vienne, ville dure, intraitable quant à ses préjugés. Sigmund entre au lycée à l'âge de neuf ans et fait des études brillantes. Il obtient le baccalauréat à 17 ans et commence des études de médecine à l'Université de Vienne où il découvre l'antisémitisme. Il fait traîner ses études pendant huit ans, ne voulant pas exercer. Il fréquente les cours du philosophe Brentano, manifestant un goût certain pour la philosophie.
Il fait la connaissance, en 1882, de Martha Bernays (qu'il n'épousera qu'en 1886). En 1885, il est nommé Privatdozent en neuropathologie. Ayant obtenu une bourse d'étude (en 1885), il se rend à Paris où il va travailler avec Charcot à la Salpétrière pendant un an. Charcot travaille sur l'hystérie et utilise l'hypnose.
En 1886, il ouvre son premier cabinet médical à Vienne comme spécialiste des maladies nerveuses mais s'aperçoit que les connaissances apprises à l'Université sont de peu d'utilité pour la plupart de ses malades. Voulant vivre de sa clientèle, il se dit qu'il lui faut être efficace. Il utilise l'hypnose. En 1889, il se rend à Nancy pour rencontrer Bernheim (qui travaille lui aussi sur l'hystérie au moyen de l'hypnose).
Dès 1882, Breuer, un ami de Freud de 14 ans son aîné, lui avait fait part d'observations inattendues qu'il avait pu tirer d'une cure inédite : c'est le cas d'Anna O. Ayant affaire à des cas analogues, l'histoire d'Anna O. recommence à préoccuper Freud. En sortiront Les Etudes sur l'hystérie (1895), texte écrit en collaboration avec Breuer, avec qui Freud va se brouiller l'année suivante.
Freud renonce peu à peu à l'hypnose et met au point la méthode des associations libres. Il se rend compte de l'importance des rêves et invente le mot "psychanalyse". Il se lie d'amitié avec Fliess (avec qui il rompra en 1900)
Dès 1897, Freud applique à son propre cas la technique psychanalytique qu'il emploie avec ses malades. C'est cette auto-analyse qui va lui permettre de forger les principaux concepts de la psychanalyse. En 1899 est publié La Science des rêves et en 1904 la Psychopathologie de la vie quotidienne. En 1902 c'est le début de la "Société psychanalytique du mercredi" qui devient en avril 1908 la "Société psychanalytique de Vienne". Les milieux scientifiques sont alors hostiles à Freud. En 1905 sont publiés Trois Essais sur la théorie de la sexualité et Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient.
A partir de 1906 la psychanalyse commence à être connue. C'est la fin de la solitude, c'est aussi le début de l'amitié de Freud avec Jung (avec qui il se brouillera en 1913). En 1909 il se rend aux Etats Unis à l'invitation de l'Université de Worcester. Il y donne cinq conférences. Ce sont les Cinq leçons de psychanalyse. En avril 1910 est fondée "L'Association psychanalytique Internationale".
Freud écrit en 1913 Totem et Tabou et en 1915 la Métapsychologie.
A partir de 1920, Freud remanie sa théorie. Ce sera Au delà du principe de plaisir et, en 1923, Le Moi et le ça.
C'est à partir de 1923 que Freud commence à souffrir d'un cancer de la mâchoire qui ne le quittera plus et transformera en martyre les seize dernières années de sa vie (il subira en tout 33 opérations).
En 1927 c'est L'avenir d'une illusion et en 1929 Malaise dans la civilisation. Il obtient en 1930 le prix Goethe. Pourquoi la guerre?, écrit en collaboration avec Einstein, paraît en 1932.
En 1934 Hitler est au pouvoir. On brûle les livres de Freud à Berlin. Freud refuse néanmoins de s'exiler. Quand, en 1938, les nazis occupent Vienne, Freud décide enfin de quitter la ville pour Londres où il restera jusqu'à sa mort. Il publie Moïse et le monothéisme. Une ultime récidive de son cancer provoque sa mort le 23 septembre 1939.

Apport conceptuel.

Les précurseurs - Essais sur l'hystérie

Freud a tenu à préciser qu'il n'avait pas inventé la psychanalyse mais que la découverte revenait à Breuer. Mais avant lui, Charcot (avec qui Freud travailla un an) et l'école de Nancy, notamment Bernheim, avaient jeté quelques indispensables jalons.
Tout commence par les travaux sur l'hystérie. Cette maladie, connue depuis l'antiquité fut au Moyen Age attribuée à la possession démoniaque. Au XIX° s., les avis étaient partagés. Certains, s'appuyant sur le fait que les symptômes sont divers, particuliers à chaque malade et qu'ils ne renvoient à aucune lésion organique, affirmaient que cette maladie n'est que le fruit de la suggestion voire même de la simulation et lui refusaient le statut d'une maladie réelle. En revanche, Charcot et Janet montrèrent que l'hystérie est une réelle maladie dont l'origine est inconsciente.
Charcot montre que l'hystérique n'est pas un simulateur. Par exemple, l'hystérique atteint de paralysie ne simule pas. Son membre paralysé est réellement insensible et on peut lui infliger une brûlure sans que le malade sente quoi que ce soit. Tout se passe comme si le malade avait fait abstraction de sa jambe, qu'il ne voulait plus avoir de jambe. Charcot constate que, sous hypnose, les symptômes disparaissent, qu'on peut à la fois produire des symptômes et faire disparaître les symptômes par suggestion post hypnotique (la technique consiste à suggérer sous hypnose que le symptôme aura disparu au réveil). Malheureusement la guérison reste temporaire et prouve seulement l'absence de simulation.
En septembre 1882, Breuer fait part à Freud d'observations tout à fait inattendues qu'il avait tiré d'une cure inédite, celle d'une jeune fille hystérique traitée pendant deux ans et qui, selon lui, l'avait quittée à peu près guérie. Ce cas nous est aujourd'hui connu sous le nom d'Anna O. La méthode de Breuer était une méthode empirique créée par le déroulement imprévisible de la cure et par la collaboration active de la malade, jeune fille extrêmement intelligente.
Anna O avait consulté Breuer pour une toux nerveuse très pénible mais elle souffrait de troubles spectaculaires et variés, troubles sans aucune cause organique et tous apparus après la mort de son père : paralysie de trois membres avec contracture et insensibilité, troubles compliqués de la vue et du langage (elle avait perdu l'usage de sa langue maternelle, l'allemand, mais parlait couramment l'anglais). Elle était susceptible de deux états de conscience distincts, l'un durant lequel elle était normale, l'autre où elle prenait le comportement d'une enfant insupportable et dissipée. La transition entre les deux états se faisait par une sorte d'auto hypnose dont elle se réveillait parfaitement lucide avec des moyens intellectuels intacts. Elle fut aussi atteinte d'une hydrophobie (incapacité de boire) momentanée : il faisait très chaud cet été là, sa soif était dévorante mais chaque fois qu'elle voulait boire elle était sujette à un moment d'absence qui l'empêchait d'aller se désaltérer.
Breuer avait remarqué qu'Anna murmurait certaines paroles durant ses moments d'absence. Il les lui répéta sous hypnose. La malade raconta alors des rêveries, récits un peu tristes qui parlaient de ses veilles au chevet de son père, après quoi elle fut délivrée de ses symptômes qui, néanmoins, réapparurent ensuite.
Lorsque, sous hypnose, la malade se rappela avec extériorisation affective à quelle occasion ses symptômes s'étaient produits pour la première fois, les symptômes disparurent. Ce résultat était obtenu par la première forme de méthode psychanalytique à laquelle Freud et Breuer donnèrent le nom de catharsis (en grec, purgation de l'âme ; le terme est emprunté à Aristote).
Prenons un exemple pour mieux comprendre la méthode, celui de l'hydrophobie d'Anna O. Sous hypnose, Anna se plaint de sa gouvernante anglaise qu'elle n'aimait pas. Elle raconte alors, avec tous les signes d'un profond dégoût, qu'elle s'était rendue dans la chambre de cette gouvernante et que le petit chien de celle-ci (elle précise "un animal affreux") avait bu dans un verre. Elle n'avait rien dit, par politesse. À la fin de son récit, Anna manifeste violemment sa colère restée contenue jusqu'alors. Elle demande ensuite à boire, boit une grande quantité d'eau et se réveille de l'hypnose le verre aux lèvres. Son hydrophobie a disparu pour toujours.
Que peut-on déduire de cette histoire ? Si Anna O. ne buvait pas, c'est que sa colère n'a pas éclaté au moment de l'événement, par politesse. Ce qui la bloquait, c'est que la charge affective ne s'était pas déclarée. Dès lors le souvenir du petit chien n'est pas oubliable, car il a été l'occasion d'un conflit non résolu. Quand sous hypnose elle manifeste enfin sa colère, le conflit entre la colère ressentie et les exigences de la politesse est résolu. Le souvenir tombe vraiment dans l'oubli c'est à dire qu'il ne se manifeste plus à la conscience sous forme d'hydrophobie. Il peut disparaître définitivement sans chercher à revenir.
Dans l'inconscient, tout se conserve et rien ne se perd. La colère refoulée n'en est pas moins là : si elle fait apparaître l'hydrophobie, c'est qu'elle n'a pas disparue. Les symptômes viennent de ce que le malade n'a pas su exprimer normalement une émotion. Le traitement reste sans effet s'il n'est pas accompagné de ces émotions que Freud nomme affects. Les expériences émotives, causes de symptômes sont des traumatismes psychiques. Les traumatismes sont déterminés par des scènes (telles que celle du petit chien) dont ils sont les résidus. Les symptômes sont des résidus d'événements traumatiques douloureux auxquels les hystériques restent attachés, dont ils ne se libèrent pas et pour lesquels ils négligent la réalité présente. Cette répétition du passé ne peut disparaître que par le traitement cathartique qui reproduit chronologiquement la chaîne des souvenirs pour renvoyer au premier traumatisme. Il est clair, en effet, que la scène du petit chien est l'origine d'un traumatisme pour Anna O. parce qu'elle a subi d'autres traumatismes auparavant.
On le voit, le médecin qu'était Freud s'intéressa d'abord à l'inconscient pour soigner ses malades. Mais bientôt, Freud va se rendre compte que les manifestations de l'inconscient ne résident pas seulement dans les symptômes de la névrose mais aussi dans la vie de tous les jours, à travers nos actes quotidiens.

La psychopathologie de la vie quotidienne : les actes manqués et les rêves.

a) Les actes manqués.
Les actes manqués sont des actes qui restent caractéristiques de l'homme normal mais où l'intention de la conscience est manquée au profit d'une autre. Il en existe trois grands types : les pertes d'objet, les oublis de mots ou de projets et les lapsus.
Freud montre que les actes manqués sont de véritables actes. Il n'y a pas de hasard psychique et tout acte manqué manifeste une intention inconsciente. Freud récuse toutes les causes organiques des actes manqués (par exemple la fatigue) et montre qu'ils sont toujours porteurs d'un sens.
Prenons l'exemple de ce lapsus rapporté par Freud. Un jeune homme veut demander à une jeune fille de la raccompagner chez elle. En allemand, raccompagner se dit begleiten. Or voilà qu'il commet un lapsus et prononce à la place le mot begleitdigen. Ce mot est dénué de sens dans la langue allemande, mais il existe un autre mot, beleidigen, qui signifie "manquer de respect". On voit que le lapsus est le produit d'une interférence entre deux intentions, l'une connue du sujet (begleiten), l'autre inconsciente ou tout au moins non admise par le sujet puisqu'elle apparaît malgré lui (beleidigen). Le lapsus est compromis entre les deux intentions, condensation des deux intentions (les deux mots se contaminent l'un l'autre, se condensent pour donner le lapsus). La tendance perturbatrice peut être plus ou moins inconsciente et tous les lapsus ne sont pas aussi aisément interprétables que dans notre exemple. On dit en terme psychanalytique qu'elle a été plus ou moins refoulée. Le refoulement est à moitié réussi et à moitié manqué. Il y a eu une brèche qui a permis à la tendance inconsciente de se manifester de façon intempestive. La condition nécessaire de tout lapsus est le refoulement d'un énoncé que le sujet lui-même pourrait juger indécent, blessant ou incongru. Étant supprimée dans le discours, la tendance refoulée se manifeste malgré la personne qui parle, soit en modifiant la tendance avouée, soit en prenant sa place. Le lapsus qui en résulte permet donc à la fois de satisfaire aux exigences de la censure (le jeune homme n'a pas tout à fait dit beleidigen) tout en ayant quand même un début d'expression. L'acte manqué est donc bien un compromis entre deux intentions antagonistes qui veulent s'exprimer ensemble et ne le peuvent qu'au prix d'une concession mutuelle. La plupart du temps la tendance inconsciente résiste suffisamment à l'analyse pour que l'intéressé lui dénie toute valeur.

b) Les rêves.
" L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique ", écrit Freud dans La Science des Rêves. Freud découvrit l'importance des rêves en cherchant à préciser le pourquoi et le comment des névroses. Les névroses lui révélèrent l'importance des rêves mais ce sont les rêves qui lui donnèrent la clef des névroses.
Freud voulut remplacer l'usage de l'hypnose (pas toujours très maniable) par une autre méthode de traitement : le patient, allongé les yeux fermés, était convié à se concentrer sur un de ses symptômes et à chercher ce qui pouvait en expliquer l'origine. Parfois rien ne venait. Freud appuyait alors la main sur le front du malade en lui affirmant que certaines pensées ne manqueraient pas de surgir. La tentative se répétait jusqu'à ce que le malade exprime ce qui lui était venu à l'esprit, ce qu'il faisait souvent en observant : " J'aurais pu vous dire cela tout de suite mais je ne pensais pas que c'est cela que vous vouliez savoir ". Freud eut alors l'idée de demander à ses patients de lui dire à propos d'un symptôme tout ce qui leur passait par la tête sans choisir ni censurer leur pensée. C'est le premier pas vers la technique des associations libres qui constitue l'essentiel de la méthode freudienne de traitement des névroses. Or, dès l'instant où la liberté fut la règle, les malades se mirent spontanément à raconter leurs rêves, de sorte que Freud fut conduit à traiter les productions nocturnes comme les autres symptômes.
Pour Freud, le rêve n'est pas un déchet inutile de l'activité psychique mais un phénomène plein de sens dont l'absurdité et l'incohérence disparaissent dès qu'on essaie de l'interpréter à l'aide d'une méthode scientifique appropriée. Le rêve exprime un souhait, un désir inconscient dont il assure immédiatement la réalisation.
Ce dont le rêveur se souvient au réveil est le contenu manifeste du rêve. Le matériel que fournit le rêve au terme de l'analyse, son sens inconscient, constitue les idées latentes. Il faut bien voir que ces idées latentes n'existent nulle part ailleurs qu'à l'intérieur du contenu manifeste du rêve. Elles sont le sens de ce que je rêve. Le sens n'existe pas sans le signe qui l'exprime. Néanmoins, pour la commodité de l'exposé, on posera les idées latentes comme précédant le contenu manifeste. On peut alors dire que le processus de transformation du rêve latent en rêve manifeste, est le travail du rêve. L'analyse du rêve consiste à effectuer le travail du rêve en sens inverse pour remonter vers les idées latentes.
Si les enfants ont en général des rêves clairs qui sont franchement et sans détour des désirs réalisés (le travail du rêve se limite ici a une mise en image), chez l'adulte il y a une disproportion frappante entre le contenu manifeste et les idées latentes. Le rêve est alors une réalisation déguisée d'un désir caché, refoulé. Les idées latentes se déguisent pour devenir méconnaissables grâce à un certain nombre de procédés techniques qui ne sont d'ailleurs pas propres à l'élaboration des rêves (on les retrouve dans la formation des rêves éveillés et dans la création artistique selon Freud). Ces procédés sont les suivants :

  • La condensation des éléments primitifs : les idées latentes sont toujours beaucoup plus nombreuses que les idées du contenu manifeste. Les personnages et les objets vus en rêve sont composites. Un élément du rêve signifie plusieurs idées latentes. Il y a donc condensation de plusieurs éléments en un seul.
  • Le déplacement : il s'agit d'un renversement ou échange des valeurs mises en scène. Ce qui dans la pensée latente du rêve est très important se transporte sur un élément faible et insignifiant, de sorte qu'un fait inconscient important devient un élément banal du rêve alors que, inversement, des éléments sans valeur prennent une coloration intense et une place centrale dans le scénario.
  • La symbolisation : elle consiste à remplacer les objets, personnes et situations par des représentations aptes à les figurer de façon analogique. L'inconscient utilise des jeux de mots par exemple. La symbolisation est le premier travail du rêve. Il fournit le matériel sur quoi vont porter la condensation, le déplacement et la mise en scène du scénario.

Qu'est-ce qui oblige le rêve à une élaboration aussi tortueuse ? Pourquoi les rêves d'adulte n'expriment-ils pas nos désirs aussi naïvement et clairement que les rêves d'enfant ? Les désirs qui s'expriment dans le rêve sont des désirs refoulés c'est à dire des désirs que la morale réprime. Les désirs refoulés ne peuvent apparaître à la conscience comme tels (les forces de refoulement que Freud appelle la censure s'y opposent). Ils ne peuvent apparaître à la conscience que lors du sommeil (parce que la censure est moins forte lorsqu'on dort) et à condition de se déguiser (pour tromper la vigilance de la censure). Cela explique le caractère tortueux de l'élaboration du rêve et aussi le fait que nous oublions rapidement nos rêves au réveil, lorsque la censure retrouve toute son efficience. Signalons que les cauchemars ne sont pour Freud que des rêves trop clairs. Les forces de refoulement craignent que les idées latentes, trop claires, soient reconnues par le rêveur et provoquent une angoisse qui vise au réveil. On sait aujourd'hui que les rêves sont indispensables à notre santé psychique. Sans eux nos désirs se manifesteraient d'avantage sous formes de symptômes et donc de névroses.

Censure et refoulement.

Rêves et actes manqués marquent l'importance de la censure et du refoulement qu'il nous faut maintenant considérer.

a) La première topique.
La notion de refoulement implique que l'on adopte pour définir le conflit une représentation spatiale du champ où les forces vont s'affronter. Topique vient d'un mot grec topos qui signifie lieu. Mais cette représentation spatiale est une image qui ne vaut que parce qu'elle permet de comprendre. On ne doit nullement l'envisager selon un mode réaliste qui donnerait aux zones délimitées un support organique en les faisant correspondre, par exemple, à des localisations cérébrales précises.
Selon la première topique tout se passe comme s'il y avait deux camps opposés :

  • Le système conscient / préconscient (Moi) : il est constitué de tout ce qui est actuellement dans ma conscience (conscient) et de tout ce qui peut être ramené à ma conscience pour peu que j'y prête attention (préconscient).
  • L'inconscient : il est composé des contenus qu'il est impossible de faire revenir à la conscience.

Il existe ainsi deux camps opposés. Le conscient est structuré un peu comme un camp retranché et ressent comme une menace l'intrusion de contenus ou de processus appartenant à l'inconscient. Ceux-ci lui apparaissent comme un danger dans la mesure où ils sont incompatibles avec ceux dont il est lui-même formé et mettent donc en cause son existence. Ce n'est pas une image exagérée car cette menace se traduit par une angoisse bien réelle et le processus du refoulement est mis en œuvre pour y échapper.
Entre le Moi et l'inconscient, se situe la censure qui a deux aspects :

  • Quand la conscience veut aller vers l'inconscient, par exemple lorsque nous cherchons à interpréter un rêve, elle est refoulée vers la conscience. C'est la résistance.
  • Inversement, lorsque l'inconscient veut aller vers la conscience, il peut être renvoyé du côté de l'inconscient. C'est le refoulement.

Pour mieux comprendre le phénomène du refoulement, il faut le saisir en relation avec ce que Freud appelle le principe de plaisir. Selon ce principe, l'activité psychique a pour but le plaisir et cherche à éviter le déplaisir. Il en résulte que tout ce qui est désagréable est exclu de la conscience. Cependant l'adaptation à la réalité fait que le principe de plaisir, qui règne sans doute en maître chez le tout petit enfant, est mis partiellement en suspens : pour atteindre son but, l'individu doit tolérer le déplaisir. Il lui faut contourner les obstacles, affronter les difficultés à vaincre, supporter les tensions désagréables qu'une action précipitée fait manquer. À cette nécessité de tolérer le déplaisir, Freud donne le nom de principe de réalité, principe qui ne met pas le principe de plaisir en échec mais l'aide au contraire à triompher.
Dans le domaine des besoins liés à la conservation de la vie, l'instauration du principe de réalité est nécessaire et ne laisse pas place au refoulement ni à la substitution de la satisfaction réelle par des satisfactions imaginaires. Mais l'urgence vitale n'existe pas en ce qui concerne les désirs de nature sexuelle. Si la satisfaction de tels désirs est associée à la représentation de châtiments (l'image de l'enfer dans la religion, par exemple), ils sont, en vertu du principe de plaisir, rejetés de la conscience et demeurent insatisfaits. Voilà pourquoi la vie sexuelle est liée à notre vie imaginaire. Puisque les contenus inconscients sont des désirs insatisfaits, ils cherchent à revenir à la conscience pour se satisfaire. Ils seront à l'origine de nos rêves, de nos actes manqués mais aussi de nos névroses.

b) La seconde topique.
Freud remarque que certaines opérations qui doivent être attribuées au Moi ne sont pas conscientes. C'est le cas notamment du refoulement. De plus Freud a été amené à faire jouer un rôle de plus en plus grand au processus d'identification et notamment d'identification au modèle parental. Il va alors remplacer le terme de "censure" par le terme de "Surmoi". Une partie du SurMoi correspond à une image modèle, formée dans l'enfance, à laquelle le sujet aspire à se conformer pour s'estimer lui-même, pour mériter son amour narcissique. Cette partie du Surmoi, Freud l'appelle Idéal du Moi. Le narcissisme, c'est l'amour de soi. Or nous ne nous aimons pas sans condition. À partir du moment où nous avons intériorisé les interdits que nous impose notre éducation, nous devons pour nous aimer nous-mêmes remplir les conditions qui nous sont apparues, enfants, nécessaires pour mériter l'amour parental. L'enfant s'aime et se juge comme ses parents l'aiment et le jugent. L'image modèle de nous-mêmes est tout un système d'interdictions et de jugements moraux formés dans l'enfance et qui constituent le Surmoi. La seconde topique comprendra donc, non plus deux mais trois instances :

  • Le ça (Das Es). Ce terme est choisi pour montrer que les forces à l'œuvre ont un caractère impersonnel, inconnu et non maîtrisable comme dans l'expression "ça m'a échappé". "ça" ressemble beaucoup à l'inconscient de la première topique. Comme lui, il ignore la négation, le principe de contradiction, l'espace et le temps. Les désirs qui s'y trouvent ne périssent pas. Il ignore les jugements de valeur (le bien, le mal, la morale). Il n'est pas pour autant un chaos : il suit le principe de plaisir. C'est une réserve de pulsions, le réservoir de la libido c'est à dire des désirs.
  • Le Surmoi : c'est une fonction de contrôle. Il contrôle à la fois le Moi et le ça. Il est issu de l'intériorisation de nos interdits. Sa formation est contemporaine, selon Freud, du déclin du complexe d'œdipe. C'est en intériorisant l'interdiction parentale (on ne peut épouser sa mère) que l'enfant parachève son Surmoi. L'idéal du Moi (qui en fait partie) est moins une identification aux parents tels qu'ils sont ou se présentent dans la réalité qu'une identification à ce que l'enfant peut percevoir de leur propre Surmoi. Notre morale est celle de nos parents. Ce que nous nous interdisons, c'est ce qu'ils s'interdisent. Nous avons les mêmes interdits que nos parents, les mêmes valeurs. Le Surmoi contrôle les exigences du ça : il empêche les désirs refoulés de réapparaître à la conscience. Il contrôle les exigences du Moi : il empêche les désirs non conformes à l'Idéal du Moi de se réaliser et les refoule. Il considère comme correct le comportement satisfaisant à la fois aux exigences du ça, de l'idéal du Moi et de la réalité. Il faut pour cela que le Moi réussisse à concilier les diverses exigences.
  • Le moi : c'est ma personnalité apparente, celle qui s'inscrit dans la réalité et qui est en contact avec le monde y compris le monde humain. Elle doit se concilier avec les exigences de la réalité. Le Moi n'est pas en opposition constante avec le ça. Il est, au contraire, l'agent d'exécution des pulsions du ça. Seul le Moi est en mesure de tenir compte des exigences de la réalité et il ne donne accès qu'à des désirs qui pourront être satisfaits sans entraîner pour la personne des conséquences pénibles ou dommageables. Mais il doit prendre garde à ne pas attirer le mécontentement du Surmoi. Il doit agir de façon à rester avec lui en bons termes, à ne pas perdre son amour et à ne pas être puni par lui. Bien entendu, cette relation entre le Moi et le Surmoi est ignorée du sujet. Il en transperce quelque chose dans l'angoisse et la culpabilité dont certains individus se montrent affligés. Le sentiment d'angoisse témoigne en effet d'une tension entre le Moi et le Surmoi et la crainte du Moi d'être châtié par le Surmoi si les désirs que celui-ci condamne trouvent à se satisfaire avec sa complicité. Le Moi est donc une sorte d'arbitre des différents intérêts. Il a aussi un rôle de rationalisation des désirs.

Lorsque le Moi se sent menacé par un danger, il peut réagir de deux façons :

  • La fuite. Le principe de plaisir nous conduit à nous soustraire à toute cause de déplaisir. Si le danger est extérieur, nous fuyons réellement. Si le danger est intérieur (une pulsion qui veut se réaliser alors qu'elle est l'objet d'un interdit) alors nous le refoulons. Freud compare le refoulement à la fuite. Il nous permet de ne rien connaître du désir en cause.
  • L'évaluation rationnelle du danger et des obstacles, associée à une détermination non moins rationnelle des moyens pour les éviter. Il suppose que le principe de réalité ait réussi à imposer sa suprématie mais cette suprématie est toujours relative et elle s'impose surtout face aux dangers extérieurs. L'un des rôles de la cure psychanalytique est de faire en sorte que ce second mode de réaction du moi gagne du terrain sur le premier.

Le point de vue dynamique : les pulsions.

Le point de vue topique ne suffit pas. Encore faut-il prendre en compte la nature des forces à l'œuvre dans les différentes instances de notre psychisme. Parler de force renvoie au point de vue dynamique.
Ces forces, Freud les désigne sous le nom de pulsions et il s'agit là d'un concept original propre à la psychanalyse. "Pulsion" est la traduction de l'allemand "Trieb" (du verbe "treiben" qui signifie "pousser"). La pulsion n'est pas un instinct (contrairement à une traduction hélas courante). Elle n'est en effet nullement un comportement héréditaire, préformé, caractéristique d'une espèce.
La pulsion est un processus dynamique consistant en une poussée qui a sa source dans une excitation corporelle localisée. Elle conduit à un certain type de comportement de façon à décharger la tension. Cette décharge est le but de la pulsion, obtenu à l'aide d'un objet. Par exemple, le nourrisson éprouve une excitation de la muqueuse buccale (source) qui l'incite à rechercher le sein maternel ou, à défaut, son pouce (objet) afin de réduire cette excitation par la succion (but). La pulsion a donc une source somatique (c'est à dire physique). Elle est l'articulation du psychique et du somatique. Il y a autant de pulsions sexuelles possibles que de sources somatiques possibles d'excitation. il peut y avoir des pulsions orales, voyeuristes etc.
La pulsion est donc une énergie qui doit se manifester même lorsqu'elle est refoulée. Elle a alors deux types de solution :

  • La névrose. Les pulsions apparaissent sous forme de symptômes.
  • La sublimation. La pulsion change d'objet. Puisqu'il lui est impossible de se réaliser dans un objet interdit par la censure, elle lui substitue un autre objet qui a valeur sociale. L'énergie est donc utilisable ailleurs. Par exemple, le désir incestueux du père lié au complexe d'œdipe est l'objet d'un interdit. La pulsion cherche un autre objet qui a valeur sociale et est donc autorisé. Ici ce sera Dieu. Dieu est pour Freud l'image sublimée du père et la religion est issue de la sublimation des désirs œdipiens. La sublimation est, aux yeux de Freud, l'origine de tout ce qui a valeur sociale : les productions intellectuelles, esthétiques etc.

Sur les différents types de pulsion la théorie psychanalytique a varié tout au long des recherches de Freud et ce point est très controversé. Sans entrer dans les détails, retenons qu'à partir de 1920, Freud distinguera deux types de pulsion :

  • Les pulsions de vie. C'est la libido, encore parfois appelée Eros. Elle correspond à la sexualité au sens très large c'est à dire tout ce qui est lié à l'usage des sens, y compris sous forme esthétique.
  • Les pulsions de mort, qu'oralement Freud nommait parfois Thanatos, qui correspondent à l'agressivité, ici aussi au sens large. La moquerie par exemple en fait partie.

Les pulsions de mort seraient liées à une poussée en nous visant à l'autodestruction que la libido aurait pour tache de rendre inoffensive. L'agressivité serait donc l'expression vers le dehors d'une force destructrice originairement dirigée vers l'individu lui-même. Une partie de l'agressivité ainsi tournée vers l'extérieur se met au service des pulsions de vie.
Bien qu'antagonistes, les deux catégories de pulsion peuvent agir de concert et concourir au même but. Un exemple nous en est donné dans les conduites sexuelles. Si l'agressivité domine il y aura sadisme, si elle diminue par trop on aura un timide impuissant. Selon Freud, l'évolution sexuelle de l'enfant a pour effet d'augmenter l'intégration, la fusion des deux types de pulsion alors que leur désunion représente une régression. Par exemple, le comportement qui consiste tour à tour à vouloir détruire l'objet aimé puis à le protéger implique une désunion des pulsions. On trouve ce comportement chez l'enfant au stade dit sadique oral.
Remarquons, pour terminer sur ce point que la théorie des pulsions ne remet pas en cause la seconde topique. Les deux types de pulsion sont à l'œuvre dans chacune des instances que sont le Moi, le Surmoi et le ça. Le ça est le réservoir de toutes les pulsions et leur antagonisme n'a rien à voir avec celui qui concerne les instances psychiques.

L'évolution de la sexualité chez l'enfant.

C'est la théorie de la sexualité qui a paru la plus scandaleuse des thèses freudiennes. Ce n'est pas étonnant si Freud a raison : la sexualité est l'objet d'interdits. Affirmer que la sexualité est à l'origine de tous nos actes, c'est heurter notre narcissisme, ceci d'autant plus que Freud abolit toute frontière entre la normalité et la perversion, entre la sexualité de l'adulte et la soit disant innocence de l'enfant. À l'idée conventionnelle d'une sexualité apparaissant à un moment donné de la vie humaine (la puberté) Freud oppose l'idée d'une sexualité originaire tendant à se satisfaire dès le premier âge de la vie et appelée à passer par toutes sortes de stades intermédiaires avant de servir à la reproduction. Ces stades ne sont pas des stades biologiques. Ils ont une dimension sociale et affective :

  • Le stade oral : il correspond à la première année. La zone érogène (c'est à dire la zone source des pulsions) est constituée par les lèvres. Le nourrisson tire plaisir de l'absorption de sa nourriture qui supprime la tension douloureuse de la faim et s'accompagne d'une succion en elle-même voluptueuse. La succion est le premier plaisir sexuel de l'enfant. À l'occasion des tétées, l'enfant connaît sa mère et l'aime puisque l'afflux du lait chaud lui procure du plaisir. Pourtant le besoin de retrouver la satisfaction sexuelle va se séparer du besoin de nutrition à cause de l'apparition des dents et de la nécessité du sevrage. Ce plaisir de la succion se retrouvera plus tard dans le baiser.
  • Le stade anal. Il correspond, comme le nom l'indique, à l'apprentissage de la propreté. L'enfant apprend à différer la satisfaction de ses besoins, à la demande de sa mère. Il peut d'ailleurs manifester son indépendance en refusant d'accéder à cette demande. On appelle aussi ce stade "stade sadique anal " car l'enfant y manifeste des comportements agressifs ayant une arme contre son entourage en refusant de différer ses besoins. C'est à cette époque que s'enracine dans l'individu la morale du bien faire (faire ce que la mère veut) voire du trop bien faire si la pression parentale est trop forte.
  • Le stade phallique. Comme le nom ne l'indique pas, il concerne aussi bien la petite fille que le petit garçon. L'enfant porte son intérêt sur son anatomie génitale et constate la différence des sexes. Il s'intéresse au rôle respectif de ses parents dans la procréation. Selon Freud, seul le pénis est l'attribut sexuel reconnu. La petite fille voit dans son absence un manque provisoire qui peut se développer. Le garçon voit dans cette absence une mutilation et refuse d'admettre que sa mère n'en ait pas. C'est à ce stade qu'apparaît la situation œdipienne.
  • La situation œdipienne : si aux stades anal et oral l'amour exclusif (même agressif) pour la mère dominait, au stade phallique va apparaître la personnalité du père. L'enfant a l'angoisse de perdre l'amour maternel et c'est pourquoi il intériorise ses interdits. Le père apparaît comme un troisième terme qui s'introduit en gêneur pour l'enfant dans sa relation avec la mère et qui en compromet le caractère exclusif. L'enfant s'aperçoit qu'il n'est pas tout pour sa mère, ce qui est pour lui une cause de souffrance. Le petit garçon qui est alors au stade phallique n'hésite pas à se masturber. Si ce comportement est réprimé par les parents surgit un sentiment de culpabilité et l'enfant craint le châtiment de la castration, crainte corroborée par l'absence du pénis chez la fille que l'enfant conçoit comme une castration. Ainsi, côte à côte avec les sentiments d'affection qu'il peut vouer à son père existent des sentiments hostiles et des souhaits de mort à son endroit. Ceci augmente le sentiment de culpabilité et la crainte de la castration. Freud a donné à cette situation le nom de complexe d'œdipe par référence à la pièce de Sophocle "œdipe tyran". Il voit dans l'intense effet dramatique que produit cette pièce le fait qu'elle réalise deux souhaits présents chez tout enfant et qui subsistent dans l'inconscient de l'adulte : tuer le père et s'assurer de la possession de la mère. Quant au châtiment que s'inflige œdipe en se crevant les yeux, il serait l'équivalent symbolique de la castration. Le petit garçon ne peut sortir de la crise œdipienne qu'en renonçant à la mère pour sauver son pénis. Il fait sien l'interdit paternel et parachève ainsi son surmoi.
    Chez la petite fille la situation œdipienne est un peu différente. Comme pour le petit garçon, son premier objet d'attachement est la mère. Elle doit donc d'abord s'en détacher, diriger son désir envers le père avant que ne démarre le complexe d'œdipe. La mère va alors jouer le rôle d'interdicteur mais ici ne peut jouer la sanction de la castration. La liquidation du complexe d'œdipe sera plus lente et moins radicale. Elle s'opère à la longue sous l'effet de déceptions répétées.
    Il faut remarquer que le complexe d'œdipe a une valeur symbolique. L'interdiction de l'inceste est en effet, l'ethnologie le montrera, le fondement social. La liquidation du complexe d'œdipe est donc ce qui fait de nous des êtres sociaux. Il est la date de naissance qui transforme le petit animal que nous sommes en un humain à part entière. Il correspond aussi à la reconnaissance de la loi (celle du père, celle de la société). Il faut bien voir que le père est plus une fonction qu'un personnage biologique. Cela est si vrai que cette fonction peut être exercée par la mère ou par toute autre personne de l'entourage si le père biologique est inconnu de l'enfant. L'apparition du père est l'apparition de l'autre, de l'ordre de la loi et du langage (comme le montrera Lacan), l'ordre de la culture. Il faut remarquer que le stade œdipien est présent partout, dans toutes les cultures.
  • La période de latence. Elle survient lorsque la crise œdipienne s'apaise. Le refoulement entraîne une amnésie de l'enfance et l'enfant se désintéresse de sa sexualité. Cette interruption de l'intérêt sexuel est à l'origine du processus de sublimation. La relation aux parents est désexualisée. Dans les sociétés où les jeux sexuels entre enfants ne sont pas réprimés cette période n'existe pas.
  • L'adolescence. Elle commence avec la puberté et voit se réactiver l'intérêt sexuel. La situation œdipienne est ravivée. L'adolescent reprend les choses où il les avait laissées au début de la période de latence. Pour échapper à l'angoisse, il va renforcer l'interdit œdipien et chercher à se soustraire à l'attachement familial, ce qui explique la difficulté des relations entre les parents et les adolescents. Tout le problème est alors pour l'adolescent de réaliser son indépendance sans aller jusqu'à une rupture totale culpabilisante avec sa famille, ce qui n'est pas toujours évident.

Quelques précisions sur le statut de l'inconscient chez Freud.

Il faut bien voir que l'inconscient freudien n'est pas une chose. On ne peut d'abord lui donner une localisation cérébrale. On ne peut même pas le saisir, pas même dans la cure psychanalytique, puisque par définition le rendre conscient, c'est l'abolir. L'inconscient est un sens toujours inféré à partir de ses manifestations que sont les rêves, les actes manqués, les symptômes etc. l'inconscient n'est pas même une cause de nos actes conscients car on sait depuis Kant que toute relation de causalité implique que la cause soit antérieure chronologiquement à son effet. Or l'inconscient ignore le temps et l'idée d'antériorité est ici dénuée de sens. Ce qui s'oppose à notre libre arbitre n'est pas une causalité antérieure mais la répétition d'un acte que notre psychisme ne peut oublier. Dans notre histoire, quelque chose a été oublié par la conscience mais conservé par l'inconscient et doit se répéter jusqu'à ce qu'il soit reconnu. L'inconscient est le poids d'une mémoire oublieuse, d'un temps figé dans la répétition de l'identique. L'inconscient est un sens à découvrir. Il échappe à la conscience mais rend nos conduites signifiantes. L'individu s'est caché à lui-même sa propre histoire. L'inconscient est le produit de son propre aveuglement.
En un sens l'inconscient n'est rien, non en tant qu'il serait un concept sans objet (sans être un phénomène, il peut quand même être inféré des phénomènes observables), mais en tant qu'il est le concept d'un manque de quelque chose (un peu comme on peut concevoir l'ombre, non pas positivement, mais seulement comme une privation de lumière). Il est le négatif, la privation (et cela explique qu'il ignore lui-même la négation). La psychanalyse est une science interprétative et l'interprétation cherche un sens et non une chose. Il vaut d'ailleurs bien voir qu'on ne va jamais vers son inconscient comme on va vers une réalité neutre. L'inconscient ne se connaît pas par la simple contemplation spéculative. Il n'est perçu que lorsque le sujet est modifié par ce qu'il découvre. C'est pourquoi d'ailleurs il ne sert à rien de dire à un malade : voilà la cause de vos symptômes. Il faut qu'il découvre lui-même son inconscient pour en être modifié. Il faut qu'il joue l'inconscient pour le percevoir. Il faut que la vérité s'intègre à la personnalité. Il est significatif qu'on ne parle d'ailleurs pas de patient, ni même d'analysé mais d'analysant. C'est donc la pratique psychanalytique qui révèle l'inconscient et non la théorie. Mais le dire, c'est dire aussi qu'on ne peut bien parler de la théorie freudienne que si l'on est soi-même passé par la pratique psychanalytique. Or, l'auteur de ces lignes n'a jamais connu le divan du psychanalyste et ne connaît la théorie freudienne que par la lecture des textes de Freud. Il importait de finir par cette importante précision.

Les principales œuvres.

  • Etudes sur l'hystérie (en collaboration avec Breuer) (1895)
  • L'interprétation des rêves (1899)
  • Psychopathologie de la vie quotidienne (1904)
  • Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905)
  • Totem et Tabou (1913)
  • Introduction à la psychanalyse (1917)
  • Au-delà du principe de plaisir (1920)
  • L'avenir d'une illusion (1927)
  • Malaise dans la civilisation (1929)

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